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En 2013, j'écrivais déjà que l'accessibilité numérique n'était pas que l'affaire des développeurs, mais aussi celle des rédacteurs. À l'époque, la quasi-totalité des sites web n'était soumise à aucune obligation légale. Treize ans plus tard, les choses ont changé : l'EAA (nouvelle fenêtre) a élargi les obligations d'accessibilité. Et le rôle du rédacteur est devenu central pour le respect des régles d'accessibilité numérique.

L'essentiel en 30 secondes

  • Le rédacteur web tient une partie de l'accessibilité que ni le développeur ni le designer ne peuvent corriger après coup : structure du texte, intitulés de liens, texte alternatif des images, clarté du langage.
  • Depuis le 28 juin 2025, l'EAA impose l'accessibilité numérique à une grande partie du secteur privé.
  • La conformité partielle ne protège pas : le tribunal de Caen a condamné Carrefour en 2026 malgré un taux de conformité de 71 %.
  • Un texte accessible profite à tout le monde : lecteurs d'écran, personnes dyslexiques, mobinautes pressés, et crawlers IA qui lisent le texte en brut.

Structure, liens, langage : la checklist de l'accessibilité éditoriale

L'accessibilité éditoriale n'a rien d'inaccessible pour un rédacteur. Ces bonnes pratiques rejoignent souvent celles du SEO.

La structure du texte

Une hiérarchie logique, sans saut de niveau, permet à une personne utilisant un lecteur d'écran de balayer la page aussi vite qu'un lecteur valide parcourt la page du regard. Passer d'un H1 à un H3 n'est pas un détail esthétique : c'est une marche manquante dans un escalier.

La clarté du langage

Un vocabulaire courant, adapté à la cible, des acronymes développés à leur première apparition. Le sens doit être compris sans effort de décodage, que le lecteur soit pressé, fatigué, non francophone ou porteur d'un trouble comme la dyslexie.

Les intitulés de liens

Un lien doit se comprendre hors contexte, parce que les lecteurs d'écran permettent de naviguer de lien en lien sans lire le texte qui les entoure. « En savoir plus » ne dit rien. « Consulter le guide EAA » dit tout.

Les fichiers téléchargeables suivent la même logique : l'intitulé doit préciser le format et le poids. Le contenu du PDF lui-même doit être accessible, ce que mon outil d'audit PDF vérifie automatiquement pour une large partie.

Le développeur pose l'ossature technique, le designer les contrastes. Mais aucun des deux ne peut écrire ce texte alternatif ou cet intitulé de lien. Ces décisions ne se voient ni sur les maquettes ni à l'écran. Elles se vivent à l'usage.

Friction SEO vs RGAA : les deux erreurs à connaître

Si une bonne partie des pratiques qui servent le SEO, hiérarchie de titres logique, intitulés de liens explicites, alternatives textuelles pertinentes, sont aussi des critères du RGAA, les zones de friction se logent souvent à deux endroits.

La première : l'image décorative. Un réflexe SEO consiste à remplir l'attribut alt de mots-clés sur toutes les images. Le RGAA demande l'inverse : une image sans valeur informative doit avoir un alt vide, pas un alt optimisé. Le bourrage de mots-clés sur un visuel purement illustratif ne sert ni le lecteur d'écran ni le référencement moderne.

La seconde : le lien « Lire la suite » généré automatiquement par les CMS. Répété sous chaque vignette de blog, il ne dit rien à un utilisateur de lecteur d'écran qui parcourt une liste de liens. La correction ne coûte rien (reprendre le titre de l'article dans l'intitulé), et le résultat est même meilleur pour le SEO puisque l'ancre devient descriptive et unique.

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Lecteur d'écran, crawler IA : la même exigence de structure

Il y a treize ans, la question était : comment écrire pour qu'un lecteur d'écran restitue une information cohérente à une personne malvoyante. La question reste entière. Elle s'est doublée d'une autre, à laquelle personne ne pensait à l'époque : comment écrire pour qu'un crawler IA comprenne le contenu d'une page sans jamais voir sa mise en forme.

Les moteurs de réponse IA comme ChatGPT, Perplexity ou Gemini lisent le texte brut. Ils ne voient pas le design, la couleur, l'emplacement d'un bouton. Ils s'appuient sur la même chose qu'un lecteur d'écran : la structure sémantique, la hiérarchie des titres, la clarté du propos. Un contenu pensé pour l'accessibilité humaine se trouve, presque par construction, mieux préparé pour être lu, compris et cité par une IA.

Le découpage du contenu suit la même logique. Un paragraphe, une idée. Des listes quand plusieurs éléments sont de même nature. Ce que les spécialistes appellent le chunking. Les personnes dyslexiques et les lecteurs pressés en profitent autant que les IA, qui extraient un passage autonome bien plus facilement qu'un développement de 400 mots sans respiration.

C'est l'une des raisons pour lesquelles je conseille de ne plus traiter l'accessibilité comme une case à cocher en fin de production, mais comme une question posée dès le brief : qui va lire ce contenu, avec quel outil, dans quelles conditions.

Ce que l'EAA change pour qui produit du contenu

Pendant longtemps, les obligations d'accessibilité web n'ont ciblé qu'une minorité d'acteurs. D'un côté, le secteur public (depuis 2005) ; de l'autre, les mastodontes du privé dépassant 250 millions d'euros de chiffre d'affaires annuel (depuis 2016) (nouvelle fenêtre). L'écrasante majorité du web français, PME, e-commerce classique, startups, restait hors du champ légal. Certains s'y conformaient par conviction, la plupart ne le faisaient pas.

L'EAA, appliqué le 28 juin 2025, a changé la donne en étendant l'obligation à une grande partie de ce secteur privé. Une grande partie des non-conformités sont encore aujourd'hui des erreurs purement éditoriales.

Pour le détail des seuils et exemptions, voir mon article sur l'EAA.

Pour un rédacteur web ou une entreprise qui produit du contenu, ce changement légal a une conséquence concrète : ce qui relevait d'une démarche volontaire est devenu un risque à gérer. Viser un site « à peu près » accessible n'offre aucune garantie, ni devant un tribunal, ni devant ses propres utilisateurs.

L'accessibilité éditoriale, ça s'écrit avant de se corriger

Depuis 2011, j'ai vu l'accessibilité éditoriale rester périphérique dans la plupart des briefs, y compris dans des organisations qui se disent attentives à l'inclusion. L'EAA va accélérer les choses. Mais le travail de fond ne change pas : il faut quelqu'un qui pense l'accessibilité au moment où le texte s'écrit, pas après.

Vous voulez intégrer l'accessibilité éditoriale dès le brief, pas en correction de dernière minute ? Mon accompagnement en rédaction web intègre cette dimension à chaque étape.

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